۱۳۹۴ آبان ۱۹, سه‌شنبه

در تهران و چند شهر آذربایجان در اعتراض به پخش یک برنامه تلویزیونی با عنوان «فیتیله» که از شبکه دوم صدا و سیمای ایران پخش می شد، اعتراض هایی صورت گرفته است.



در تهران و چند شهر آذربایجان در اعتراض به پخش یک برنامه تلویزیونی با عنوان «فیتیله» که از شبکه دوم صدا و سیمای ایران پخش می شد، اعتراض هایی صورت گرفته است. 

به دنبال «به تمسخر گرفتن اقلیت‌های اتنیکی آذری و ترک» در برنامه‌ای تلویزیونی به نام «فیتیله» از شبکه دو صدا و سیمای جمهوری اسلامی ایران، صبح امروز دوشنبه ۱۸ آبان‌ماه ۱۳۹۴، اعتراضات سراسری در برخی از شهرهای ایران صورت گرفت.
به گزارش کمپین دفاع از زندانیان سیاسی و مدنی، گزارش‌های رسیده نشانگر اعتراضات صورت گرفته تاکنون در شهرهای «تهران»، «تبریز»، «اردبیل»، «ارومیه»، «زنجان»، «نقده»، «مراغه»، «مشکین شهر» و «خوی» بوده است.
شاهدان عینی گفته‌اند معترضین از سوی نیروهای ضد شورش، نیروهای امنیتی، لباس شخصی و بسیجی با ضربات باتوم، زنجیر، کابل‌های پلاستیکی و همچنین شلیک گلوله‌های پلاستیکی مورد ضرب و شتم قرار گرفته اند.
تظاهرکنندگان با در دست داشتن عکس‌ها و پلاکاردهای اعتراضی در خصوص محکومیت «به تمسخر گرفتن اقلیت‌های اتینکی آذری و ترک» به خیابان‌ها آمده و با سردادن شعارهای اعتراضی که در نهایت به زد و خورد ختم شده است، اعتراض خود را بیان کرده‌اند.

گفته شده در خیابان‌های نزدیک به بازار تبریز، مردم با به آتش کشیدن ماشین گارد ضد شورش با آنها درگیر شده و اعتراضات گسترده‌ای در این شهر صورت گرفته است.
گزارش‌ها از ارومیه حاکی از درگیری بسیار شدید مردم با مامورین ضد شورش و امنیتی است که گفته شده «در پی این درگیری‌ها «علی اکبر مرتاض» اهل ارومیه، با ضربات باتوم و زنجیر از سوی ماموران لباس شخصی و گارد ضدشورش به شدت مجروح شده است.
همچنین خبرها حاکی از کشته شدن یکی از معترضان در ارومیه است که از هویت دقیق وی، تا لحظه تنظیم این خبر اطلاعاتی در دست نیست.
از تعداد بازداشت‌های صورت گرفته، آمار دقیقی در دست نیست.
اعتراضات در تهران در مناطق توپ خانه و شهریار گزارش شده است.
گفته شاهدان عینی حاکی از آن است که "موتور سوارن یگان ویژه از داخل فرمانداری و استانداری بیرون آمدند و به مردم حمله کردند." به گفته شاهدان عینی برخورد مامورین یگان ویژه "خشن بوده و از باتوم و گاز اشک‌آور و اسپری فلفل برای متفرق کردن معترضین استفاده شده است."
در برخی مناطق هم گزارش حاکی از ورود موتور و ماشین پلیس بدون هیچ ملاحظه‌ای به میان جمعیت بوده است.

۱۳۹۴ آبان ۱۸, دوشنبه

8 novembre 2015
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De tous les prix Nobel celui qui est évidemment le plus politique est celui de la Paix. Rien que pour les États Unis, quatre présidents, autant de secrétaires d’État et deux vice-présidents ont été couronnés par ce prix, quelquefois à juste titre, il est vrai. Seules des circonstances extraordinaires ont obligé le comité à reconnaître les mérites d'acteurs non conformes à la pensée unique.



Le Comité Nobel de la très atlantiste Norvège a traditionnellement récompensé des personnes physiques ou des personnes morales dont l’œuvre soutenait le système établi (le capitalisme monopoliste).

Rien que pour les États Unis, quatre présidents, autant de secrétaires d’État et deux vice-présidents ont été couronnés par ce prix, quelquefois à juste titre, il est vrai. Seules des circonstances extraordinaires ont obligé le comité à reconnaître les mérites d’acteurs non conformes à la pensée unique. Par exemple :

Rigoberta Menchú pour sa participation et son soutien à la lutte indigène au Guatemala ou encore Rodolfo Pérez Esquivel pour sa lutte en faveur des droits de l’homme en Argentine pendant la dictature des années 70. Mais, il a le plus souvent favorisé un représentant du système dominant qui aurait parfois plutôt mérité la comparution devant une cour pénale. Ainsi, la fin de l’agression états-unienne contre le Vietnam a permis de distinguer non seulement le patriote vietnamien Lê Ðức Thọ qui a décliné cet honneur, mais aussi le secrétaire d’État nord-américain de l’époque, Henry Kissinger, dont les exploits dans les promotions de dictatures un peu partout dans le monde sont largement connus et lui ont presque valu une inculpation criminelle dans plusieurs pays, y compris en Europe.

Le dernier prix Nobel a été attribué à quatre organisations tunisiennes, dont la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) qui a pour porte parole Souhayr Belhassen. Actuellement présidente d’honneur de la FIDH, cette ancienne journaliste aurait joué un rôle de désinformation majeur dans le déclenchement des événements en Libye. (1) On se souvient qu’elle avait reçu de F. Hollande l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur en novembre 2012, peut-être en remerciement pour ses services.

Cacher leur activité criminelle est une opération nécessaire pour blanchir certains personnages et leur permettre ainsi de se présenter devant le Comité Nobel. De même, afin de leur dégager le champ, des faits concernant d’autres acteurs plus méritoires se doivent d’être masqués pour gommer ce qui aurait pu faire d’eux des candidats à l’obtention du prix.

La chute de l’apartheid fut l’occasion pour le Comité de changer le statut de Mandela, de terroriste, d’après le concept occidental, à militant pour la paix, tout comme le représentant du système honni, Frederik De Klerk, se transforma en homme de bonne volonté. Mais cette manœuvre a permis bien autre chose, à savoir occulter un peu plus l’énorme contribution apportée par la coopération cubaine dans la défaite de l’armée sud-africaine en 1989, la libération de l’Angola et l’indépendance de la Namibie.
Rappelons qu’à l’époque la collaboration cubaine s’est heurtée non seulement à l’agression armée de l’Afrique du Sud -avec l’appui de tous les pays occidentaux États-Unis en tête-, mais aussi à l’opposition du dernier dirigeant soviétique M. Gorbatchev. Par ailleurs, l’entreprise d’occultation de cet exploit est toujours d’actualité, puisque M. Andreï Gratchev, principal conseiller de M. Gorbatchev, n’hésite pas à affirmer, en septembre 2015 lors d’une conférence à Moscou (2), que les Cubains n’avaient alors pour seul objectif que « d’exporter leur révolution » en Afrique et que la chute de l’apartheid n’est que le fruit de l’action des « forces internes » de ce système.

Or, rien que pour cette action la collaboration cubaine méritait la reconnaissance mondiale. Mandela, qui a réservé son premier voyage, en dehors du continent, à Cuba, l’a reconnu en soulignant que la dernière bataille des troupes cubaines contre les sud africains à Cuito Cuanavale « fut le tournant décisif dans la lutte pour libérer le continent et notre pays du fléau de l’apartheid ! ». Mandela a ajouté que« les internationalistes cubains ont apporté une contribution à l’indépendance, la liberté et la justice en Afrique sans précédent » (3).

La présence de Raul Castro aux obsèques de Mandela a démontré que les dirigeants sud-africains qui lui ont succédé n’ont pas non plus oublié cette action solidaire.

D’autres hauts-faits accomplis par la coopération cubaine pour la paix et le progrès des peuples ont été, et continuent d’être, hélas, complètement occultés. Notamment dans le domaine médical.

Si la contribution de Cuba à la chute de l’apartheid la faisait mériter, au même titre que Mandela, le prix Nobel de la Paix, la coopération médicale cubaine est unique dans l’histoire de la solidarité internationale.

Pourtant, même si leur besogne est de plus en plus difficile, les soutiens du système continuent de cacher au monde les actions des médecins cubains et leurs résultats. C’est ainsi que :
- Est pratiquement passé sous silence le fait que, dès 1990 et jusqu’en 2009, plus de 20.000 enfants irradiés à Tchernobyl ont été soignés à l’hôpital de Tarara à Cuba (4). Au même moment le gouvernement ukrainien votait des résolutions contre Cuba à l’Onu !
- Très peu de médias ont mentionné la présence de plus de 400 professionnels de santé cubains (dont au moins 165 médecins) venus en Afrique de l’Ouest pour combattre le virus Ebola.
- Cette information est la plupart du temps ignorée : la moitié des médecins actifs en Haïti, lors du tremblement de terre de 2010, étaient des Cubains et ceux-ci sont encore aujourd’hui présents dans l’île.


- Pas un mot n’a été dit sur l’existence de la Brigade Henry Reeve (du nom d’un patriote des Etats-Unis venu lutter pour l’indépendance de Cuba) créée par les autorités cubaines pour faire face à toute catastrophe à travers le monde. La liste des peuples qui ont bénéficié de sa solidarité n’a cessé de s’allonger : Népal (2014), Pakistan (2005), Indonésie (2006), Chili (2010 et 2015), etc. (5). Malheureusement, le président G. W. Bush n’a pas accepté l’offre de Fidel Castro lors du passage de l’ouragan Katrina à New Orleans en 2005. Aujourd’hui la situation serait peut-être tout autre.


- Aucun média n’a déclaré que plus de 120 pays ont reçu l’aide solidaire médicale de plus de 135.000 collaborateurs cubains depuis 1963, date de la première action de ce type en Algérie, alors que ces données publiques sont disponibles à l’ONU (6).


- Est totalement méconnue l’existence de l’École Latino-Américaine de Médecine (ELAM), créée en 1999 près de La Havane, d’où à ce jour 25.000 élèves provenant de 74 pays différents issus de familles modestes sont sortis diplômés après avoir reçu une formation gratuite (7). Seule condition pour y être admis : le respect de l’engagement de repartir soigner les gens sans ressources de son propre pays.


- Personne n’a entendu parler des 76 accords de coopération que Cuba a signés avec autant de pays, et que réalisent 50.000 professionnels de santé (dont 25.000 médecins), enseignants et entraîneurs, tous volontaires. Ajoutons que fréquemment les médecins cubains sont rejetés par leurs homologues locaux, médecins libéraux, qui paradoxalement n’acceptent pas qu’ils délivrent gratuitement des soins aux pauvres, qui souvent habitent dans des zones difficiles d’accès et ne peuvent s’offrir leurs services (8).


- Jamais ne s’est manifesté le moindre intérêt pour la méthode d’alphabétisation des adultes appelée « Moi je peux », grâce à laquelle plus de 10 millions de personnes ont appris à lire et écrire (9). Plusieurs pays d’Amérique Latine. (Bolivie, Venezuela, Équateur, etc .) ont, par ailleurs, grâce à des campagnes utilisant ce système, été déclarés territoires libres d’analphabétisme par l’UNESCO. La méthode est disponible en plusieurs langues et a été adaptée aux particularités des pays africains (10).


- Jamais mentionnés les résultats de la Mission Miracle, massive campagne cubano-vénézuélienne de soins et d’opérations des yeux qui a permis à plus de 3,5 millions de personnes d’A.L. et d’Afrique de récupérer la vue (11).


- Dans le domaine politique enfin, très peu de médias ont signalé qu’actuellement c’est à La Havane et sous la garantie cubaine, entre autres pays, que les accords de paix entre guérilla et gouvernement colombiens sont en train d’être négociés pour en finir avec un conflit qui dure depuis 1948.

Bien entendu toutes ces actions bénéficient surtout à des gens particulièrement déshérités, dont le système capitaliste n’a que faire, ni pour les soigner ni pour les éduquer. Les volontaires cubains apportent un secours à ceux qui en ont besoin mais pas pour obtenir un quelconque prix, et les métropoles riches, développées et bien-pensantes gagneraient en honneur à reconnaître l’activité solidaire de Cuba. « Honorer, honore » enseignait José Martí.

Les peuples d’A.L., indépendamment de la tendance politique de leurs gouvernements, ont largement joui de cette solidarité, qui a franchi les frontières des continents. Même si le système et le pouvoir médiatique font tout leur possible pour retarder ce moment, le jour viendra où les rayons de cette solidarité internationale transperceront les murs du Comité Nobel, et ses membres découvriront -comme l’UNESCO, l’OMS et la FAO-, que les médecins cubains et d’autres professionnels luttent contre les maladies et l’ignorance aux quatre coins du monde. Parions que cette coopération deviendra de plus en plus incontournable (12) et que ces actions finiront par obtenir la reconnaissance qu’elles méritent.

Notes :
(2) Conférence de M. A. Gratchev à bord du Kandinsky, à quai dans la gare fluviale de Moscou, dans le cadre de la Croisière des Amis de l’Humanité le 17 septembre 2015.
(12) 228 maires du Chili, toutes tendances politiques confondues, viennent de demander à la Ministre de la Santé chilienne de signer des accords avec Cuba pour que leurs administrés bénéficient des soins des médecins cubains dans leurs communes.
Une manifestation pour soutenir cette demande a réuni des milliers de personnes dans les rues de Concepción.

9 novembre 2015
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"Apocalypse Staline" a fait beaucoup de bruit. Et sans doute obtenu nombre d'adhésions à cette façon de présenter l'histoire. En l'occurrence, non seulement Staline, mais la révolution russe et toute l'histoire soviétique sont la cible d'une condamnation sans appel. Le communisme étant déclaré "mort", on peut se demander ce qui motive un tel acharnement sur le cadavre. Certains disent qu'il bouge encore ! Cet acharnement est-il seulement rétrospectif ou s'agit-il de créer "un certain climat" d'intimidation dans le contexte actuel de crise sociale ? Indépendamment de cette question politique, il y a bien sûr celle de la "qualité" de cette mise en scène de l'histoire. La rumeur court que nombre d'historiens sont scandalisés, mais n'osent pas s'exprimer. Le milieu académique n'est pas moins terrorisé que le milieu médiatique à l'idée de paraître "complice du stalinisme". Désormais, on fusille pour moins que ça ! En voilà une, d'historienne, qui ne se gène pas : la Française Annie Lacroix-Riz n'y va pas par quatre chemins. On peut apprécier ou non sa vision de l'histoire soviétique. Sa critique d'"Apocalypse" ne manque pas de sel, et souvent, de pertinence. Dans le choeur de la Pensée Unique, voici au moins un "couac", une voix dissidente....

L’histoire de Guerre froide entre Göbbels et l’ère américaine

Les trois heures de diffusion de la série « Apocalypse Staline » diffusée le 3 novembre 2015 sur France 2 battent des records de contrevérité historique, rapidement résumés ci-dessous.

Une bande de sauvages ivres de représailles (on ignore pour quel motif) ont ravagé la Russie, dont la famille régnante, qui se baignait vaillamment, avant 1914, dans les eaux glacées de la Baltique, était pourtant si sympathique. « Tels les cavaliers de l’apocalypse, les bolcheviques sèment la mort et la désolation pour se maintenir au pouvoir. Ils vont continuer pendant 20 ans, jusqu’à ce que les Allemands soient aux portes de Moscou. […] Lénine et une poignée d’hommes ont plongé Russie dans le chaos » (1er épisode, « Le possédé »).

Ces fous sanguinaires ont inventé une « guerre civile » (on ignore entre qui et qui, dans cette riante Russie tsariste). L’enfer s’étend sous la houlette du barbare Lénine, quasi dément qui prétend changer la nature humaine, et de ses acolytes monstrueux dont Staline, pire que tous les autres réunis, « ni juif ni russe », géorgien, élevé dans l’orthodoxie mais « de mentalité proche des tyrans du Moyen-Orient » (la barbarie, comprend-on, est incompatible avec le christianisme).

Fils d’alcoolique, taré, contrefait, boiteux et bourré de complexes (surtout face au si brillant Trotski, intelligent et populaire), dépourvu de sens de l’honneur et de tout sentiment, hypocrite, obsédé sexuel, honteux de sa pitoyable famille, Staline hait et rackette les riches, pille les banques, etc. (j’arrête l’énumération). On reconnaît dans le tableau de cet « asiate » les poncifs de classe ou racistes auxquels le colonialisme « occidental » recourt depuis ses origines.

Vingt ans de souffrances indicibles infligées à un pays contre lequel aucune puissance étrangère ne leva jamais le petit doigt. Il y a bien une allusion sybilline aux années de guerre 1918-1920 qui auraient fait « dix millions de morts » : les ennemis bolcheviques sont encerclés partout par une « armée de gardes blancs ». On n’aperçoit pas la moindre armée étrangère sur place, bien qu’une cinquantaine de pays impérialistes étrangers eussent fondu, de tous les points cardinaux sur la Russie, dont la France, l’Angleterre, l’Allemagne, les États-Unis, etc. (c’est au 2e épisode seulement, « L’homme rouge », qu’on apprend que Churchill a détesté et combattu l’URSS naissante : quand ? comment ?).

Pour échapper à cette intoxication sonore et colorée, le spectateur aura intérêt à lire l’excellente synthèse de l’historien Arno Mayer, sympathisant trotskiste auquel son éventuelle antipathie contre Staline n’a jamais fait oublier les règles de son métier : Les Furies, terreur, vengeance et violence, 1789, 1917, Paris, Fayard, 2002. L’ouvrage, traduit par un gros éditeur pour des raisons que je ne m’explique pas, vu les habitudes régissant la traduction en France, compare aussi les révolutions française et bolchevique. Comparaison particulièrement utile après une ère Furet où la française a été aussi malmenée que la russe (1).

Pour Mme Clarke et M. Costelle comme pour les historiens et publicistes qui ont occupé la sphère médiatique depuis les années 1980, la Terreur est endogène, et dépourvue de tout rapport avec l’invasion du territoire par l’aristocratie européenne. Et, de 1789 à 1799, expérience atroce heureusement interrompue par le coup d’État, civilisé, du 18 Brumaire (9 novembre 1799), la France a vécu sous les tortures des extrémistes français (jacobins), mauvaise graine des bolcheviques.

« Le peuple soviétique » est soumis sans répit aux tourments de la faim - notamment à « la famine organisée par Staline au début des années trente, catastrophique surtout en Ukraine », où elle aurait fait « 5 millions de morts de faim », victimes de l’« Holodomor »1 -, à la répression permanente, incluant les viols systématiques, aux camps de concentration « du Goulag » (« enfer pour les Russes du désert glacé », où toutes les femmes sont violées aussi) si semblables à ceux de l’Allemagne nazie (un des nombreux moments où les séquences soviétique et allemande sont « collées », pour qu’on saisisse bien les similitudes du « totalitarisme »).

Mais il gagne la guerre en mai 1945. On comprend d’ailleurs mal par quelle aberration ce peuple martyrisé pendant plus de vingt ans a pu se montrer sensible, à partir du 3 juillet 1941, à l’appel « patriotique » du bourreau barbare qui l’écrase depuis les années 1920. Et qui a, entre autres forfaits, conclu « le 23 août 1939 » avec les nazis une « alliance » qui a sidéré le monde, l’indigne pacte germano-soviétique, responsable, en dernière analyse, de la défaite française de 1940 : « Staline avait tout fait pour éviter la guerre, il avait été jusqu’à fournir à Hitler le pétrole et les métaux rares qui avaient aidé Hitler à vaincre la France ».

Il est vrai que l’hiver 1941-1942 fut exceptionnellement glacé, ce qui explique largement les malheurs allemands (en revanche, « le général Hiver » devait être en grève entre 1914 et 1917, où la Russie tsariste fut vaincue avant que les bolcheviques ne décrétassent « la paix »). Il est vrai aussi que l’aide matérielle alliée a été « décisive » dès 1942 (épisodes 2 et 3), avions, matériel moderne, etc. (4% du PNB, versés presque exclusivement après la victoire soviétique de Stalingrad).

Il n’empêche, quel mystère que ce dévouement à l’ignoble Staline, qui vit dans le luxe et la luxure depuis sa victoire politique contre Trotski, alors que « le peuple soviétique » continue d’être torturé : non pas par les Allemands, qu’on aperçoit à peine dans la liquidation de près de 30 millions de Soviétiques, sauf signalement de leur persécution des juifs d’URSS, mais par Staline et ses sbires. Ainsi, « les paysans ukrainiens victimes des famines staliniennes bénissent les envahisseurs allemands ».

Ce n’est pas la Wehrmacht qui brûle, fusille et pend : ces Ukrainiens « seront pendus par les Soviétiques revenus, » et filmés à titre d’exemples comme collabos. Staline fait tuer aussi les soldats tentés de reculer, tendance bien naturelle puisque le monstre « déclare la guerre à son peuple » depuis 1934 (depuis lors seulement ?), qu’il a abattu son armée en faisant fusiller des milliers d’officiers en 1937, etc.

La critique mot à mot de ce « documentaire » grotesque s’avérant impossible, on consultera sur l’avant-guerre et la guerre l’ouvrage fondamental de Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars : From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London : Yale University Press, 2006, accessible désormais au public français : Les guerres de Staline, 1939-1953, Paris, Delga, 2014 (2).

La politique d’« Apaisement » à l’égard du Reich hitlérien fut l’unique cause du pacte germano-soviétique, dont les « Apaiseurs » français, britanniques et américains avaient prévu sereinement depuis 1933 la signature comme la seule voie ouverte à l’URSS qu’ils avaient décidé de priver d’« alliance de revers ». Cette réalité, cause majeure de la Débâcle française, qui ne dut strictement rien à l’URSS, est absente des roulements de tambour de Mme Clarke et de M. Costelle.

On en prendra connaissance en lisant Michael Jabara Carley, 1939, the alliance that never was and the coming of World War 2, Chicago, Ivan R. Dee, 1999, traduit peu après : 1939, l’alliance de la dernière chance. Une réinterprétation des origines de la Seconde Guerre mondiale, Les presses de l’université de Montréal, 2001 ; et mes travaux sur les années 1930, Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, 2010 (2e édition) et De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Colin, 2008.

Les réalisateurs, leurs objectifs publics et leur conception de l’histoire

La seule émission de France Inter du 30 octobre au matin (disponible sur Internet jusqu’au 28 juillet 2018) a donné une idée des conditions du lancement « apocalyptique », tous médias déployés, de cette série Staline qui rappelle, par les moyens déployés, l’opération Livre noir du communisme en 1997. Elle éclaire aussi sur les intentions des réalisateurs installés depuis 2009 dans la lucrative série « Apocalypse »

La musique et le son de ces trois heures éprouvantes sont adaptées à leurs objectifs. La « colorisation », qui viole les sources photographiques, porte la marque de fabrique de la série « Apocalypse » : elle s’impose pour attirer « les jeunes gens », faire sortir l’histoire de la case poussiéreuse où elle était confinée, argue Isabelle Clarke, éperdue de gratitude (bien compréhensible) à l’égard de France 2 qui « a remis la grande histoire en prime time (sic) » ; aussi modestement, le coauteur Daniel Costelle attribue cette place d’honneur sur nos écrans domestiques à la qualité du travail accompli par le tandem depuis les origines de la série (2009). La « voix de Mathieu Kassovitz » est jugée « formidable » par les auteurs et leur hôtesse, Sonia Devillers : l’acteur débite, sur un ton sinistre et grandiloquent, le « scénario de film d’horreur » soviétique et stalinien qui fascine tant Mme Clarke.

Pour que la chose soit plus vivante, les auteurs, qui font « des films pour [s’]enthousiasmer [eux]-mêmes », ont décidé qu’ils n’auraient « pas de parti pris chronologique » : ils ont plus exactement pris le parti de casser la chronologie, par de permanents retours en arrière supposés rendre le « travail un peu plus interactif ».

La méthode empêche toute compréhension des événements et des décisions prises, 1936 ou 1941 précédant l’avant Première Guerre mondiale, le conflit et 1917, une de ses conséquences. On sautille sans arrêt d’avant 1914 à 1945 dans chaque épisode et en tous sens : il est d’autant plus impossible de reconstituer le puzzle des événement morcelés que les faits historiques sont soigneusement épurés, sélectionnés ou transformés en leur exact contraire (c’est ainsi que les perfides bolcheviques auraient attaqué la Pologne en 1920, alors que c’est Varsovie qui assaillit la Russie déjà envahie de toutes parts).

On nous explique souvent que le montage d’un film est fondamental, l’escroquerie « Apocalypse Staline », qui y ajoute le mensonge permanent et les ciseaux du censeur, le confirme.

La conjoncture est au surplus du côté des auteurs :

1° la propagande antisoviétique est depuis 1917 obsédante en France comme ailleurs en « Occident », mais elle a été infléchie pendant quelques décennies, à la fois par une fraction du mouvement ouvrier (surtout) et des intellectuels et par les circonstances, en particulier celles qui ont précédé et accompagné la Deuxième Guerre mondiale. Ce n’est plus le cas depuis les années 1990 où le mouvement ouvrier, toutes tendances confondues, s’est aligné sur les développements du Livre noir du communisme : seul défenseur de l’URSS depuis la naissance de la Russie soviétique, le PCF ne cesse depuis 1997 d’expier ses affreuses années staliniennes et de déplorer sa non-condamnation du si funeste pacte germano-soviétique. Rappelons que sa mise en œuvre offrit aux Soviets un répit de près de deux ans et leur permit de doubler les effectifs de l’armée rouge à leurs frontières occidentales (portés de 1,5 à 3 millions d’hommes).

Laurent Joffrin, dans unarticle qui se veut nuancé sur le « bourreau » Staline, auquel cependant « nous devons beaucoup », a légitimement relevé qu’il était délicat naguère de raconter en France absolument n’importe quoi sur l’URSS mais que l’obstacle a été levé par les rapports de forces internationaux et intérieurs

2° La liquidation de l’histoire scientifique française de l’URSS a été d’autant plus aisée depuis les années 1980 que l’offensive antisoviétique et anticommuniste s’est accompagnée d’une entreprise de démolition de l’enseignement général de l’histoire, soumis à une série de « réformes » toutes plus calamiteuses les unes que les autres. Le corps enseignant du secondaire l’a déploré, mais sa protestation n’est plus guère soutenue par des organisations autrefois combatives sur le terrain scientifique comme sur les autres. « Les jeunes gens », auxquels la casse de l’enseignement historique inflige désormais 1° la suppression de pans entiers de la connaissance, 2° l’abandon de la chronologie, sans laquelle on ne peut pas saisir les origines des faits et événements, et 3° le sacrifice des archives originales au fameux « témoignage », se sont trouvés, s’ils ont eu le courage de supporter les trois heures de ce gavage, en terrain particulièrement familier.

3° L’histoire scientifique relative à la la Russie, anglophone notamment, est en fort développement depuis une vingtaine d’années mais elle est en général inaccessible au public français : les ouvrages idoines sont traduits dans les six mois, les autres pratiquement jamais, sauf exception. Quelques-uns de ces « trous » percés dans le Rideau de Fer de l’ignorance historique du monde russe ont été mentionnés ci-dessus. Quoi qu’il en soit, quand les ouvrages sérieux sont traduits, ils sont ensevelis dans le néant, tous médias confondus.

De l’histoire, quelle histoire ? Svetlana Aleksievitch, conseillère en « témoignages »

Isabelle Clarke admet qu’« Apocalypse Staline » ne relève pas de la catégorie de l’histoire, elle le revendique même. Elle se déclare fascinée par l’immense travail de Svetlana Alexievitch, dont l’attribution du prix Nobel de littérature d’octobre 2015 rappelle le couronnement « occidental » de l’œuvre d’Alexandre Soljenitsyne (https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexa...), lauréat de 1970, avec des motivations semblables.

Quelles que soient ses éventuelles qualités littéraires, Mme Aleksievitch n’a été promue que pour des raisons idéologico-politiques, conformément à une tradition d’après-guerre que la documentariste et historienne britannique Frances Stonor Saunders a exposée en 1999, dans un ouvrage essentiel sur la Guerre froide culturelle : c’est l’intervention expresse des États-Unis, via l’action clandestine pratiquée sur les questions culturelles (comme sur les les opérations politiques et même militaires) par le truchement de la CIA ou d’institutions financées par elle.

Ce fut en l’occurrence via le Congress for Cultural Freedom (CCF) fondé, après une série d’initiatives préalables, en juin 1950, et qui bloqua l’attribution du prix Nobel de littérature à Pablo Neruda au début des années 1960 : Neruda fut écarté en 1964, au profit de Jean-Paul Sartre, dont Washington suivait de près et appréciait les démêlés avec le PCF, mais qui eut l’élégance de le décliner.(4)

Le pouvoir positif de soutien des États-Unis, depuis 1945, aux « dissidents » ou à des anticommunistes très divers a été aussi efficace que leur capacité de nuisance contre les intellectuels combattus : le Nobel de littérature a récompensé un nombre tout à fait disproportionné d’adversaires notoires du communisme en général et de l’URSS ou de la Russie en particulier : la consultation systématique est éclairante : https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_...

Isabelle Clarke se félicite du « travail de témoignage » réalisé par Svetlana Aleksievitch, grâce à laquelle « les crimes communistes », jamais jugés, ont enfin pu être recensés : en l’absence d’instruction et d’accès aux faits, il a fallu compter sur les témoignages, très longs à obtenir, et autrement plus éclairants que la recherche historique. Ces témoignages égrenés au fil des trois films, jamais liés à l’établissement des faits, forment donc la trame historique du « scénario de film d’horreur ».

Svetlana Aleksievitch ne prétend pas, elle, faire œuvre d’historienne. Obsédée par la quête de l’Homo sovieticus, concept proclamé impossible, puisqu’on ne saurait changer les humains en changeant le mode de production, l’auteur de La Fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement (traduction publiée en 2013 chez Actes Sud)

« enregistre sur magnétophone les récits des personnes rencontrées, et collecte ainsi la matière dont elle tire ses livres : “Je pose des questions non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse. Sur la musique, les danses, les coupes de cheveux. Sur les milliers de détails d’une vie qui a disparu. C’est la seule façon d’insérer la catastrophe dans un cadre familier et d’essayer de raconter quelque chose. De deviner quelque chose... L’Histoire ne s’intéresse qu’aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n’est pas l’usage de les laisser entrer dans l’histoire. Moi, je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne” »

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Svetl...). Nous sommes donc avisés que ce spectacle « émotionnel » et « occidental », organisé à grand tapage par les responsables de la série « Apocalypse Staline », est fondé sur de la littérature antisoviétique larmoyante, appréciée et récompensée comme telle par « l’Occident » civilisé.

Les « conseillers historiques » d’« Apocalypse Staline » : l’institut d’histoire sociale, De Boris Souvarine à Pierre Rigoulot

Quand on passe à « l’histoire » stricto sensu, le bilan est pire, et caractérisé par des pratiques malhonnêtes et non explicitées. Isabelle Clarke se flatte d’avoir « remis en prime time (sic) la grande histoire » et de ne pas avoir négligé l’histoire qu’elle aime moins que la littérature : elle aurait étudié tous les ouvrages « recommandés par nos conseillers historiques » : « Robert Service, Jean-Jacques Marie, Simon Sebag Montefiore » (ce dernier toujours traduit dans les mois qui suivent ses publications anglophones), dont les travaux sont caractérisés par une vision à peu près caricaturale du monstre, avec des nuances dont le lecteur de leurs travaux peut seul juger. Quels « conseillers historiques » ? On a pourtant le choix parmi les historiens français de l’URSS, presque également soviétophobes et médiatiques : aucune carrière académique n’étant depuis trente ans ouverte à un spécialiste de l’URSS soviétophile, il n’en existe pas.

Dans la rubrique « crédits » du 3e épisode, figure la mention de citation(s) d’un seul ouvrage d’historien, le Staline de Jean-Jacques Marie, spécialiste du monstre sur la base d’ouvrages de seconde main (les seules autres citations proviennent de Mme Aleksievitch). Les « conseillers historiques » allégués n’ont pas été mentionnés, mais on relève, parmi les sept personnalités qui ont fait l’objet de « remerciements », juste nommées mais non présentées, un seul « historien » présumé : Pierre Rigoulot (les six autres sont artistes ou spécialistes techniques).(5)

M. Rigoulot dirige l’institut d’histoire sociale, fondé en 1935 par Boris Souvarine, célèbre et précoce transfuge du communisme (1924) qui, fut, selon une tradition née en même temps que le PCF, embauché par le grand patronat français. Souvarine, trotskiste proclamé antistalinien (catégorie de « gauche » très appréciée pour la lutte spécifique contre les partis communistes), (6) fut employé comme propagandiste par la banque Worms. Il fut un des rédacteurs de la revue les Nouveaux Cahiers, fondée en 1937 en vue de la scission de la CGT, financée et tuteurée par le directeur général de la banque Jacques Barnaud, futur délégué général aux relations économiques franco-allemandes (1941-1943).

La revue, qui chanta sans répit les louanges d’une « Europe » sous tutelle allemande, fut publiée entre la phase cruciale de la scission, d’origine patronale, de la CGT (n° 1, 15 mars 1937) (7), et la Débâcle organisée de la France (n° 57, mai 1940). Souvarine y voisinait avec la fine fleur de la « synarchie » issue de l’extrême droite classique (Action française) qui allait peupler les ministères de Vichy : il n’y était requis qu’en tant que spécialiste de (l’insulte contre) l’URSS et de la croisade contre la république espagnole assaillie par l’Axe Rome-Berlin (8).

Cette « petite revue jaune », qui attira bien des « collaborations », selon l’expression du synarque et ami de Barnaud, Henri Du Moulin de Labarthète, chef de cabinet civil de Pétain4, est annonciatrice de presque tous les aspects de la Collaboration. Elle est conservée dans les fonds d’instruction de la Haute Cour de Justice des Archives nationales (W3, vol. 51, en consultation libre : régime de la dérogation générale, série complète jusqu’au n° de décembre 1938) et des archives de la Préfecture de police (série PJ, vol. 40, sous dérogation quand je l’ai consultée).

Le lecteur curieux constatera que « Boris Souvarine, historien » (ainsi qualifié au 3e épisode, « Staline. Le maître du monde »), dans ses articles, réguliers, dresse entre 1937 et 1940 un portrait de l’URSS (et) de Staline en tout point conforme à ce que le spectateur français a appris, le 3 novembre 2015, sur le cauchemar bolchevique.

Souvarine partit pour New York en 1940, y passa la guerre, et prit alors contact avec les services de renseignements alors officiellement voués à la seule guerre contre l’Axe (notamment l’Office of Strategic Services (OSS), ancêtre de la CIA, mais fort antisoviétiques. Il ne revint en France qu’en 1947 C’est le soutien financier clandestin du tandem CCF-CIA qui lui permit d’éditer et de faire triompher son Staline : en panne d’éditeur et de public de la Libération à la fin des années 1940, le chef de l’« Institut d’Histoire sociale et de Soviétologie » (définitivement reconstitué en mars 1954) accéda ainsi au statut d’« historien » que lui accorde « Apocalypse Staline » (10).

Deuxième « historien », non signalé comme tel, mais « remercié » dans les crédits, Pierre Rigoulot, censé être la cheville ouvrière des films sur Staline, fait peser sur les trois épisodes de la série une triple hypothèque.

1°. M. Rigoulot n’est pas un historien mais un idéologue, militant au service de la politique extérieure des États-Unis, officiellement apparenté depuis les années 1980 aux « néo-conservateurs », selon Wikipedia, qu’on ne saurait taxer d’excessive complaisance pour le communisme : aucun des ouvrages qu’il a rédigés sur l’URSS, la Corée du Nord (sa nouvelle marotte depuis sa contribution sur le sujet dans Le Livre noir du communisme), Cuba, ne répond aux exigences minimales du travail scientifique (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierr...)

2°. Faussaire avéré sous couvert de prendre la défense « des juifs », il a été, pour son ouvrage L’Antiaméricanisme (éditions Robert Laffont, 2005), condamné en diffamation par jugement de la 17e chambre du TGI de Paris, le 13 avril 2005, « ayant inventé de toutes pièces [une] fausse citation » antisémite (absente) d’un ouvrage de Thierry Meyssan, adversaire manifestement jugé sans péril (même référence en ligne).

3°. L’IHS, que M. Rigoulot a rejoint en 1984 comme bibliothécaire, puis « chargé des recherches et publications », et dont il est le directeur, n’est pas une institution scientifique : c’est une officine de Guerre froide et, après la Libération, de recyclage des collaborationnistes de sang et/ou de plume issus de l’extrême droite classique et de la gauche anticommuniste. Cet organisme a été depuis la Libération financé par la banque Worms, le CNPF et, quasi officiellement, par la CIA. Il a été intimement lié à Georges Albertini, second de Marcel Déat déjà employé avant-guerre par la banque Worms et recyclé à sa sortie de prison (1948) dans la propagande anticommuniste et antisoviétique de tous ces bailleurs de fonds. On trouvera sur tous ces points une ample bibliographie, fondée à la fois sur les archives policières françaises (de la Préfecture de police) et sur les fonds américains qui établit la convergence de tous les auteurs (11)

Les trois volets d’« Apocalypse Staline » traitent, et sur le même ton haineux, tous les thèmes serinés depuis sa fondation par l’IHS, notamment ceux du Goulag (« la terreur et le goulag sont la principale activité du Politburo », 3e épisode, « Staline. Le maître du monde »), dont M. Rigoulot a fait depuis 1984, date de son entrée dans cette officine, un des thèmes privilégiés de ses travaux, et de l’« Holodomor », « organisé » par Staline.

Conclusion

On pourrait proposer au spectateur de visionner, en supprimant le son de cette projection grotesque, les bandes de « rushes » (les auteurs des films prétendent avoir livré du pur document brut, particulièrement authentique, mais le film de fiction, soviétique d’ailleurs, y occupe une part non négligeable). Il percevrait ainsi immédiatement qu’on pourrait faire une tout autre histoire de l’URSS sous Staline que celle qui s’appuie sur un matériau frelaté.

Là n’est pas l’essentiel. Le service public de télévision français a une fois de plus, en matière d’histoire, bafoué les principes minimaux de précaution scientifique et ridiculisé les spectateurs français, en leur servant un brouet de pure propagande antisoviétique : il avait déjà ouvert, entre 2011 et 2013, le service public aux seuls héritiers de Louis Renault, venus se lamenter, avec ou sans historiens complices, sur la spoliation de leur grand-père quasi résistant.

Est-il normal que la société France Télévisions, financée par la redevance versée par tous les contribuables, se prête à une opération digne du « ministère de l’information et de la propagande » de Göbbels ? On attend le « débat » qu’impose la malhonnêteté avérée de l’entreprise. J’y participerai(s) volontiers.

Notes :
1 ) Atmosphère historiographique générale depuis l’ère Furet, Lacroix-Riz, L’histoire contemporaine toujours sous influence, Delga-Le Temps des cerises, 2012
2) À propos de ce concept emprunté, non pas à l’Ukraine soviétique de l’entre-deux-guerres mais né dans la Galicie polonaise, et devenu un thème allemand et américaine de la stratégie de scission URSS ou « Russie »-Ukraine depuis 1933, ma mise au point archivistique et bibliographique « Ukraine 1933 mise à jour de novembre-décembre 2008 », http://www.historiographie.info/ukr... ; et Mark Tauger, ouvrage à paraître chez Delga en 2016 sur les famines en Russie tsariste et en Union Soviétique, dont je rédigerai la préface.
3) Voir aussi Lacroix-Riz, « Le rôle de l’URSS dans la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945) », mai 2015, http://www.les-crises.fr/annie-lacr...
4) Frances Stonor Saunders, Qui mène la danse, la Guerre froide culturelle Denoël, 2004 ; traduction de The cultural Cold War : the CIA and the world of art and letters, New York, The New Press, 1999, origine de la pagination présente, p. 347-351 sur Neruda ; sur Sartre, souvent cité, index.
5) Seuls les noms des sept sont cités, pas leur qualité : Emi Okubo est musicien ; Sonia Romero, artiste ; Karine Bach, monteuse sur France Télévisions ; Thomas Marlier, réalisateur ; Kévin Accart, assistant monteur ; Philippe Sinibaldi, gérant de société de production.
6) Frédéric Charpier, Histoire de l’extrême gauche trotskiste : De 1929 à nos jours, Paris, éditions 1, 2002.
7) Lacroix-Riz, Impérialismes dominants, réformisme et scissions syndicales, 1939-1949, Montreuil, Le Temps des cerises, 2015, chap. 1, et De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Colin, 2008, chap. 3 et 6.
8) Sur Jacques Barnaud, tuteur depuis 1933-1934 de l’héritier présomptif de Jouhaux René Belin, directeur de cabinet de Belin (juillet 1940-février 1941) et véritable ministre du Travail quand son pupille occupait officiellement le poste ; sur les Nouveaux Cahiers, Lacroix-Riz, Le choix de la défaite, De Munich à Vichy et Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, 2013.
9) Du Moulin de Labarthète, « La synarchie française », article publié le 25 mai 1944 dans la revue helvétique Le Curieux, sous le pseudonyme de Philippe Magne, joint au rapport de « l’inspecteur spécial » de la PJ Vilatte, chargé à la Libération de l’enquête « sur la synarchie », 1er juin 1947, PJ 40, Barnaud, APP.
10) Roger Faligot et Rémi Kauffer, « La revanche de M. Georges » (Albertini), in Éminences grises, Paris, Fayard, 199, p. 150 (p. 135-170) ; Emmanuelle Loyer, Paris à New York. Intellectuels et artistes français en exil (1940-1947), Paris, Hachette, 2007 ; Peter Coleman, The Liberal Conspiracy : the Congress for Cultural Freedom and the Struggle for the Mind of Postwar Europe, New York, Free Press, 1989, index, ouvrage non traduit dans lequel Pierre Grémion, Intelligence de l’Anticommunisme : Le Congrès pour la Liberté de la Culture à Paris 1950-1975, Paris : Fayard, 1997, a très largement puisé ; Lacroix-Riz, « La Banque Worms et l’Institut d’histoire sociale » et « Des champions de l’Ukraine indépendante et martyre à l’institut d’histoire sociale »,http://www.historiographie.info/cha...
11) N. 10, et Jean Lévy, Le Dossier Georges Albertini. Une intelligence avec l’ennemi. L’Harmattan-Le Pavillon 1992 ; Charpier, Génération Occident, Paris, Seuil, 2005 ; La CIA en France : 60 ans d’ingérence dans les affaires françaises Paris, Seuil, 2008 ; Les valets de la guerre froide : comment la République a recyclé les collabos, Paris, François Bourin éd., Paris, 2013 ; Benoît Collombat et David Servenay, dir., Histoire secrète du patronat : de 1945 à nos jours. Paris, La Découverte, Arte éditions, 2e édition, 2014 (dont article de Charpier) ; Lacroix-Riz, tous les op. cit. supra ; Saunders, op. cit., etc.

Titre original : La question préalable des sources de la série « Apocalypse Staline » sur France 2 

Source : www.investigaction.net

۱۳۹۴ آبان ۱۷, یکشنبه

New restrictions on movement in Hebron and environs disrupt lives and constitute prohibited collective punishment

Published: 
 5 Nov 2015
As of 29 October 2015, Israel’s security forces have closed off Hebron’s Tel Rumeidah neighborhood, denying local residents free access into and out of the neighborhood. Even prior to this date, security forces checked all persons leaving and entering the neighborhood, but since last Thursday (29 October), they have allowed access only to individuals registered as residents of the neighborhood. Even then, permission to enter or leave is given only after security checks are done and names verified against a lists held by security forces at Bab a-Zawiya Checkpoint (also known as Checkpoint no. 56). Anyone whose name is not on the list cannot cross the checkpoint and is forced to take a long, arduous detour to get home. Some neighborhood residents have not had their names put on the list to protest being required to receive a permit to enter their own homes. In other cases, checkpoint personnel have erroneously left some residents’ names off the list, so these individuals cannot cross the checkpoint either. International volunteers and Israeli anti-occupation activists are also barred entry to the neighborhood, though their presence is vital for documenting harm caused to the residents.
Checking residents’ names at Bab a-Zawiya Checkpoint, Tel Rumeidah. Photo by Musa Abu Hashhash, B’Tselem, 5 Nov. 2015
Checking residents’ names at Bab a-Zawiya Checkpoint, entrance to Tel Rumeidah. Photo by Musa Abu Hashhash, B’Tselem, 5 Nov. 2015
Tel Rumeidah is home to some 50 Palestinian families whose daily lives were already subject to travel restrictions and recurrent attacks by settlers. Ever since the new restrictions were imposed, residents now leave their homes only for work, school or urgent matters, and relatives cannot visit them. An initial inquiry by B’Tselem indicates that three families who had lived in the neighborhood recently left because of the harassment by the authorities. B’Tselem field researcher Musa Abu Hashhash, who has tried to visit the neighborhood several times over the past week, said: “The neighborhood is completely empty. While I was waiting at the checkpoint for the soldier to show me the military order [forbidding entry to the neighborhood to non-residents], I saw no one in the neighborhood. It looks like a ghost town”.
B’Tselem’s inquiry has also revealed that all stores and businesses near the Tomb of the Patriarchs, about 20 altogether, have been closed since the new restrictions on movement were imposed. The businesses are closed as their owners are barred access to this part of the Old City. Security checks in other checkpoints in Hebron in have also become more rigorous and lengthy, leading Palestinian residents to avoid any unnecessary trips. There has been very little pedestrian traffic through the Old City and Tel Rumeidah, a marked drop in the number of worshippers at the Ibrahimi Mosque, and some of the stores in the nearby market, which is accessible to Palestinians, have remained closed as shoppers stay away from the area.
Bab a-Zawiya Checkpoint closed. Photo by Musa Abu Hashhash, B’Tselem, 5 Nov. 2015
Bab a-Zawiya Checkpoint, as seen from its other side. Photo by Musa Abu Hashhash, B’Tselem, 5 Nov. 2015
Access into and out of Hebron itself has also been restricted and residents face long waits at checkpoints or using longer, rougher roads.
  • The exit from the village of Dura, west of Hebron, is sealed by a gate. Dura residents who wish to reach Hebron have to take a narrow, rough backroad.
  • Residents of Yatta, south of Hebron, need to cross a staffed checkpoint, where Israeli security forces check every person crossing, resulting in a massive traffic jam.
  • Israeli security forces have also closed the gates at the exits of the villages of Beit ‘Einun and Bani Na’im, east of Hebron, forcing residents to take long detours in order to reach Hebron.
  • Travel restrictions were imposed on residents of the village of Sa’ir as of 1 November 2015. All men under the age of 25 are prohibited from crossing the checkpoints put in place at the two entrances to the village, one between Sa’ir and the a-Nabi Yunis/Halhul Checkpoint and the other south of Sa’ir, near al-‘Udeisah.
While travel restrictions Israeli security forces imposed on Palestinians in Hebron change from time to time, they are always governed by the “principle of separation”, a regime of physical and legal segregation between Israeli settlers, who receive the military’s protection, and the Palestinian majority, which pays the price of this protection. This policy has led to the financial collapse of Hebron’s downtown and a massive departure by Palestinian residents.
The IDF Spokesperson told the media that recent travel restrictions are intended to prevent harm to civilians, but that the military would “continue to allow as normal a fabric of life as possible for all residents of the sector, while taking the necessary security measures given the situation”. This statement is a far cry from reality. There has been no ‘normal fabric of life’ in Hebron for quite some time, and the measures adopted in the name of security are clearly not unavoidable dictates of reality. The measures are draconian in part because they cannot achieve their stated goal, as there are detours into the neighborhood, which require great physical effort.
These steps constitute collective punishment of Hebron residents. They are suspected of no wrongdoing and are forced to suffer serious disruptions in their daily lives simply because they had the misfortune of living or working in neighborhoods the military has decided to close. This policy is collective punishment and as such, it is immoral and unlawful.
8 novembre 2015
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Comme tout l’indiquait avant le jour du vote, Alassane Ouattara est le vainqueur de la présidentielle du 25 octobre 2015. Bref retour sur le chemin qui l’a conduit à la présidence et sur ses cinq premières années de pouvoir.

La Côte-d’Ivoire est un pays de grande tradition agricole. Très tôt, l’activité pastorale y a attiré les ressortissants des pays voisins venus chercher du travail. Les capitalistes aussi y ont afflué pour se faire du lucre. Ce pays d’Afrique de l’Ouest accède à l’indépendance en 1960 avec pour président Félix Houphouët-Boigny. L’ancien membre du Rassemblement démocratique africain, parti panafricaniste qui a retourné sa veste pour embrasser les colons signe des accords de coopération militaires, monétaires, économiques avec la France pour vider l’indépendance de son contenu. La Côte-d’Ivoire, grande productrice de cacao devient aussi le quartier général de l’impérialisme françafricain (1). Les multinationales du négoce comme Sucres et Denrées, Philip Brothers, etc., y sont à l’aise comme des poissons dans l’eau !
Lorsqu’Houphouët-Boigny meurt en 1993, son premier ministre, un certain Alassane Dramane Ouattara veut occuper le fauteuil présidentiel. Mais face à l’opposition de la classe politique et à la détermination d’Henri Konan Bédié, il renonce. Bédié, président de l’Assemblée nationale assure l’intérim conformément à la Constitution. Comme sous Houphouët-Boigny, l’économie du pays est laissée à la merci des multinationales qui payent le kilogramme du cacao selon leur humeur du jour ! Mais Konan Bédié va plus loin en démantelant les dernières structures comme la Caisse de stabilisation des prix du cacao et du café qui permettait de maintenir un prix moyen d’achat aux producteurs. Comme son prédécesseur Houphouët-Boigny, M. Bédié est couvert de tous les éloges par les dirigeants occidentaux. Les médias lui accordent un traitement princier dans leurs colonnes.
Contre toute attente, Laurent Gbagbo est élu président de Côte-d’Ivoire et investi en novembre 2000. Les impérialistes se rappellent de ce professeur d’histoire qui a toujours critiqué Houphouët-Boigny, Bédié et surtout l’impérialisme qu’ils servaient. Pis, le nouveau président n’a pas abandonné sa rhétorique anti-impérialiste. Son slogan pendant la campagne électorale était d’ailleurs claire : « Donnez-moi le pouvoir pour que je vous le rende ». Il veut donc prendre le pouvoir aux multinationales pour le remettre aux Ivoiriens. Voilà ce que les impérialistes ne tolèrent jamais. Il faut préparer l’après Gbagbo.
Les multinationales du cacao sont à la manœuvre. Le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer révèle en juillet puis octobre 2002 que le groupe Armajaro( négoce du cacao) a financé des groupes rebelles basés au Burkina Faso et au Mali pour un montant de 30 milliards de FCFA. Comme pour donner raison au journaliste, une rébellion puissamment dirigée par Guillaume Soro (actuel président de l’Assemblée nationale) plonge le pays dans l’insécurité et dans l’instabilité.
En 2010, la Côte-d’Ivoire organise sa première élection présidentielle depuis celle de 2000. A l’issue du scrutin, au lieu d’un président de la République, la Côte-d’Ivoire en a deux ! Laurent Gbagbo est déclaré élu par la Cour constitutionnelle tandis qu’Alassane Dramane Ouattara est déclaré élu par la Commission électorale indépendante et très vite reconnu comme tel par la « Communauté internationale ». Une crise post-électorale s’ouvre. Face à l’intrépidité des soldats loyalistes qui défendent la légalité constitutionnelle, les soldats de la force française Licorne présents dans le pays entrent en guerre. Ils sont rejoints par les éléments des forces spéciales dépêchés par le président français d’alors, Nicolas Sarkozy pour neutraliser Laurent Gbagbo. C’est ainsi que le 11 avril 2011, le président ivoirien est capturé dans son palais à Abidjan et conduit dans une cellule à la Haye. Depuis 4 ans, il attend l’ouverture de son procès qui ne s’ouvre pas malgré sa volonté de comparaître. Fin octobre, la Cour pénale internationale a encore rejeté sa demande d’ouverture de procès en Côte-d’Ivoire ou en Arusha en Tanzanie.

La croissance sans développement d’Alassane Ouattara

Immédiatement après la capture de Laurent Gbagbo, le discours sur la Côte-d’Ivoire a changé. Les hommes politiques et les journalistes ne cessent de vanter le taux de croissance du pays. Parlant du pays d’Alassane Ouattara, la banque mondiale indique que « Le taux de croissance s’est établi à 10,7 % en 2012, puis 8,7 % en 2013 et les projections s’établissent entre 9 à 10 % pour 2014. La normalisation de la situation sociopolitique et sécuritaire s’est aussi traduite par une nette amélioration de l’environnement des affaires, plaçant la Côte d’Ivoire parmi les 10 pays les plus réformateurs dans ce domaine en 2014 et en 2015, selon le classement Doing Business de la Banque mondiale. Le Plan National de Développement (PND) 2012-2015 a pour ambition de faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020 (2) ». Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, serait-on tenté de dire en lisant ce qu’écrit la Banque mondiale sur ce pays. Et pourtant !
La croissance tant vantée en la Côte-d’Ivoire repose essentiellement sur l’endettement public. Au quatrième trimestre de cette année 2015, la Côte-d’Ivoire a évalué sa dette à 7804 milliards de FCFA. L’annonce a été faite par Bruno Nabagné Koné, porte-parole du gouvernement au terme d’un conseil de ministres. Cette ardoise est répartie comme suit : 4 772 milliards de FCFA pour la dette extérieure et 3031,9 F CFA pour la dette intérieure.
La dette de d’Ivoire atteint ainsi le niveau d’avant l’atteinte du Point d’achèvement de l’Initiative Pays pauvres très endettés en 2012. Or, selon les spécialistes, lorsque la Côte-d’Ivoire a atteint ce point sa dette extérieure a été réduite à 3,1 milliards de dollars (1500 milliards F CFA). On est donc passé de 1500 milliards F CFA à 4 772 milliards entre 2012 et 2015. Pourtant, le pays devrait disposer d’un matelas financier parce que la Trésorerie ne débourse plus les milliards à la fin du mois pour payer la dette extérieure. C’est tout le contraire.
Cela est d’autant plus inquiétant que sur le plan social, les indicateurs sont au rouge. Le taux de chômage augmente. La Banque mondiale reconnait que la « Côte d’Ivoire a pris du retard dans la réalisation de la plupart des Objectifs de Développement pour le Millénaire (ODM), et presque tous les indicateurs ont stagné ou se sont dégradés (3) ». A ce tableau déjà sombre, la Banque mondiale indique qu’en 2014 la Côte-d’Ivoire a été classé 171e sur 187 pays selon l’Indice de Développement Humain (IDH). Selon les statistiques de UN Comtrade, les produits manufacturiers représentent moins de 10% des exportations totales du pays. En conséquence, ses matières premières étant exportées à l’état brut, la population locale n’en ressent pas les retombées en termes d’emploi. Bien plus, le manque d’intégration de l’économie ivoirienne entraîne la faiblesse des échanges intermédiaires entre les différents secteurs. Ce manque de complémentarité ou d’intégration ne favorise pas non plus la création d’emplois indirects dans d’autres filières. Or, il ne peut y avoir de réduction de pauvreté sans création de richesse ni d’emplois.
A cela, il faut ajouter la corruption et la mal-gouvernance. Dans son édition de septembre 2015, les journaux ont révélé les achats d’armes effectuées par le président Ouattara à travers les sociétés-écrans pour un montant de 60 milliards de FCFA. Ces achats avaient été faits en prélude à l’élection présidentielle du 25 octobre 2015. Le président a débloqué en catimini la somme de 60 milliards de FCFA pour se doter des armes de pointe afin d’éviter toute défaite dans une éventuelle crise postélectorale. Il n’a pas oublié 2011 et craignait d’être victime de la logique de l’arroseur-arrosé ! Pour son maintien au pouvoir, le président ivoirien ne lésine vraiment pas sur les moyens. Comme l’explique Théophile Kouamouo dans son article, Alassane Ouattara a débloqué la somme de 10 milliards de F CFA pour sa campagne électorale. Avec une telle mise, il ne pouvait que gagner l’élection. Et une fois élu, il faut bien sûr un retour sur investissement.
On le voit, l’OTAN et la France de Sarkozy ont fait la guerre en Côte-d’Ivoire pour y installer un président issu de leur rang. Quatre ans après, le pays ne s’est pas relevé. Il est dans un cycle d’endettement qui compromet ses chances de développement. Ce n’est pas seulement le quotidien des Ivoiriens qui est compromis. Leur avenir est hypothéqué. Ils devront travailler pour rembourser une dette qui ne leur a pas profité.
Notes :
1) Jacques Foccart reconnait dans ses mémoires qu’il téléphonait au moins une fois par semaine à Houphouët-Boigny pour donner des instructions et recevoir des suggestions du « vieux », sur quel dirigeant africain il faut punir pour avoir pris des distances vis-à-vis des intérêt français ou quel autre il faut récompenser pour avoir sacrifier son pays à l’autel de la Françafrique.
2) http://www.banquemondiale.org/fr/co..., consulté le 25 octobre 2015 à 22h03m.
3) http://www.banquemondiale.org/fr/co..., consulté le 25 octobre 2015 à 22h15m.
Source : Le Journal de l’Afrique, Investig’Action